On oublie le dernier rêve ; on se remémore toujours le premier amour.

Ce blog est dédié à tous les amoureux de l'Amour, de la philosophie, de l'humour, de la littérature, des voyages... et bien plus encore, sans aucune prétention, et avec votre contribution, si vous le souhaitez.

31 octobre 2008

Qu'est-ce que rencontrer l'Autre?

    « De notre naissance à notre mort, nous sommes un cortège d’autres qui sont reliés par un fil ténu. »  

      Jean Cocteau, Poésie critique    

Si le thème de l’Autre est rebattu en philosophie, celui de la rencontre de l’autre l’est moins. D’un point de vue « scolastique », l’autre recouvre aussi bien tout ce qui n’est pas moi, un objet, qu’une personne. L’autre, en philosophie, est toujours ce qui m’est étranger, ce qui est séparé de moi. Mais est-ce si évident que cela ? Puisque nous rencontrons l’autre tout au long de notre vie, cet autre nous est-il si étranger que cela ? Sinon, qu’est-ce qui nous aurait réunis lors de ladite rencontre ?... La possibilité même d’une rencontre ne suppose-t-elle pas un dénominateur commun (points communs) ? La rencontre nous renvoie dans notre conception courante des choses à un événement (quelque chose se passe) par lequel on trouve une personne ou une chose par hasard. Pourtant, l’incarnation de la rencontre est bien plus parlante…et tout autre : la sexualité est bien une rencontre entre 2 corps, qui ont normalement choisi de se rencontrer. La grammaire, en « vieux français », permet la rencontre des voyelles, signifiant le concours des voyelles. La rencontre de l’autre, c’est aussi le « kaïros » en grec, le moment opportun qui a permis quelque chose. Plus intéressant est le champ lexical de la chimie, où l’on parle de « vaisseaux de rencontre », pour désigner 2 vaisseaux joints, de manière que le col de l’un entre dans le col de l’autre de sorte que les vapeurs qui montent dans la distillation, sont forcées de retomber à l’endroit d’où elles sont parties.

Tantôt étreinte corporelle, tantôt concours de voyelles, tantôt moment opportun où désir et occasion de le réaliser se rejoignent, ou encore fusion chimique entre 2 éléments dont les vapeurs sont « forcées » de retourner à leur point de départ, la rencontre de l’autre fait se croiser – d’une manière assez ingénieuse -, le hasard et la nécessité. L’hypothèse de l’Inconscient humain le montrera aisément. Ignorants que nous sommes de l’origine de cet inconscient, nous pouvons au moins dire qu’il préexiste à toutes nos rencontres et expériences. Or Freud a mis le 1er au jour l’idée d’une communication d’inconscient à inconscient : je m’attire ce que je suis, même si je ne le sais pas ; j’attire à moi ce qui me ressemble. Même si nous n’aimons pas entendre cela, parce que cela nous rend terriblement responsables de ce qui nous arrive, sans possibilité de nous poser en victimes du sort ; le choix amoureux par exemple, est bel et bien un choix d’inconscient à inconscient (à tort ou à raison, en pensant nous réparer nous jetons notre dévolu sur quelqu’un au profil adapté à notre besoin ou recherche). La rencontre de l’autre laisse alors supposer ici que tout nous échappe dans cette rencontre ; mais que quelque chose en nous a comme reconnu quelque chose ou quelqu’un qui nous plaît beaucoup. C’était bien la thèse également socratique de la réminiscence, selon laquelle savoir, c’est se ressouvenir, re-connaître. C’est bien l’idée du Banquet, selon laquelle chaque homme et chaque femme, originellement androgyne – homme et femme à la fois -, désormais sur Terre amputés d’une moitié d’eux-mêmes, recherchent inlassablement leur autre moitié, en restant à tout jamais 2 (sans plus aucune fusion possible). La nostalgie de cette « fusion », de cet Homme originel que nous étions supposés être, ou auquel nous aspirons, n’est-ce pas ce qui préside à la rencontre de l’autre ?

Car que savons-nous du hasard, si ce n’est son apparence de coïncidence ? Et s’il comportait un « projet », qui nous est invisible ? Avec ou sans Dieu d’ailleurs, l’Inconscient n’est-il pas un formidable champ énergétique, magnétique, qui attire à lui ce qui lui ressemble ? La citation de Cocteau semble sous-entendre que ce fil ténu qui nous relie tous – qui est bien invisible, voire imperceptible -, qui nous permet d’être plus ou moins influençables, perméables aux autres, pourrait être un vaste tissu, sensible, où chaque fibre retentit, même à toute petite échelle, sur un autre endroit de ce tissu. Ce fil ténu qui nous relie tous aux autres, que nous oublions, allant même jusqu’à penser que nous sommes isolés les uns des autres, totalement indépendants, n’est-il pas une piste de réflexion autour de la notion d’accomplissement de soi-même à travers la rencontre de l’autre, qui serait notre « destin » à tous ? :

        « Pourquoi un jour on reconnaît si bien quelqu’un qu’on ne vous a même pas encore présenté ? Y aurait-il des vies pour apprendre à s’aimer, et des vies pour s’aimer vraiment ? Seul notre Inconscient peut répondre à cette question. Et qui peut réveiller notre Inconscient, cette mémoire qui n’a pas de mémoire ? »  

Qu'est-ce qui vous surprend le plus dans l'humanité? - Réponse du Dalaï Lama

Lama

30 octobre 2008

Sans ton sourire, que ferais-je du matin?

aimer_differents

Une ressemblance fortuite? Je ne crois pas...


Toi et moi, mais nous c'était plus beau que le film...
envoyé par koalabzh

Dis moi qui est ton père...Chronique de Michel Onfray

Je ne suis pas un freudien orthodoxe, loin de là. Les psychanalystes me semblent souvent manquer deonfray2 modestie dans leurs habits de thérapeutes qui, du moins le croient-ils, leur confèrent la toute puissance, alors qu’ils se comportent bien souvent en chamanes à la petite semaine. Le freudisme m’intéresse bien plus que la psychanalyse devenue institution car l’un se nourrit de Schopenhauer et de Nietzsche alors que l’autre s’inspire trop souvent des baquets de Mesmer et du verbe de Cagliostro…

Je retiens de Freud, parmi d’autres concepts, la notion de surmoi. Elle définit l’instance qui, dans la carte d’identité psychique dite de la seconde topique, est capable de s’opposer à une autre partie du moi pour le juger, le contenir, le retenir. Darwin affirmait que ce qui distingue l’homme des autres animaux, c’est la capacité à ressentir de la culpabilité, donc de revenir sur l’un de ses actes passés pour le juger et le regretter, l’ensemble de ce processus contribuant à la sélection de l’espèce.

Je connais nombre d’humains, plus animaux que nombre de bêtes, qui se révèlent incapables de ce mécanisme fondateur de l’humanité d’un humain : réfléchir, revenir sur un acte, un mot, un verbe, un fait, un geste, le juger, le peser, l’examiner, puis conclure clairement qu’il n’a pas été juste ou adéquat. A la suite de quoi, on peut même envisager un regret, une excuse, une demande de pardon. Quiconque n’a jamais présenté d’excuses pour un forfait avéré avoue que la part animale étouffe en lui la part humaine.

Freud explique que le surmoi n’est pas créé consciemment par les parents, mais qu’il se transmet à l’insu des protagonistes : éduquer, ou non, à la Loi, au respect, au droit, enseigner, ou pas, l’existence de l’autre et la courtoisie nécessaire à son endroit, transmettre ou non, la prévenance, la délicatesse, la politesse, l’élégance comme des vertus cardinales pour toute intersubjectivité, voilà qui contribue à la construction d’une rectitude, d’une droiture, d’une morale. Mais il y a aussi les impulsions sombres, les transmissions obscures, les passages énigmatiques et irrationnels d’un inconscient l’autre. Le père, en tant qu’il porte la loi, doit faire le nécessaire. Or, si souvent, il n’en fera rien, il aura laissé faire.

D’où des individus sans colonne vertébrale éthique, autistes d’un point de vue relationnel et qui revendiquent leurs aspirations immatures comme des libertés et des droits, y compris quand il s’agit de nuire (droit d’enfumer, droit d’insulter, droit de nuire, droit de médire, droit de salir, droit de mentir, droit de calomnier, droit de trahir…) alors qu’il en va tout simplement d’un prurit d’adolescent confondant licence et liberté.

Or la licence, c’est la liberté des animaux, ou des libéraux. Autrement dit, ça n’est pas la liberté, mais son contraire, à savoir la force avec les faibles, la faiblesse avec les forts, ou bien encore le règne éthologique des hormones, donc la loi du plus fort. L’époque croule sous l’infantilisation. Le modèle adolescent fait la loi. Nos temps manquent de Pères. En revanche, ils grouillent de créatures immatures, incomplètes, inachevées, jamais finies, obsédées par le meurtre du père et désemparées de ne pouvoir supprimer quelqu’un d’introuvable psychiquement malgré sa présence physique…




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