On oublie le dernier rêve ; on se remémore toujours le premier amour.

Ce blog est dédié à tous les amoureux de l'Amour, de la philosophie, de l'humour, de la littérature, des voyages... et bien plus encore, sans aucune prétention, et avec votre contribution, si vous le souhaitez.

14 février 2009

D'où vient la St Valentin ?

La vertu de saint Valentin, prêtre, était si éclatante, et sa réputation si grande dans la ville de Rome, qu'elle vint à la connaissance de l'empereur Claude II, qui le fit arrêter, et, après l'avoir tenu deux jours en prison, chargé de fers, le fit amener devant son tribunal pour l'interroger. D'abord il lui dit, d'un ton de voix assez obligeant : « Pourquoi, Valentin, ne veux-tu pas jouir de notre amitié, et pourquoi veux-tu être ami de nos ennemis ? » Mais Valentin répondit généreusement : « Seigneur, si vous saviez le don de Dieu, vous seriez heureux et votre empire aussi ; vous rejetteriez le culte que vous rendez aux esprits immondes et à leurs idoles que vous adorez, et vous sauriez qu'il n'y a qu'un Dieu, qui a créé le ciel et la terre, et que Jésus-Christ est son Fils unique ».

Un des juges, prenant la parole, demanda au Martyr ce qu'il pensait des dieux Jupiter et Mercure. « Qu'ils ont été des misérables » répliqua Valentin, « et qu'ils ont passé toute leur vie dans les voluptés et les plaisirs du corps ». Là-dessus, celui qui l'avait interrogé s'écria que Valentin avait blasphémé contre les dieux et contre les gouverneurs de la république. Cependant le Saint entretenait l'empereur, qui l'écoutait volontiers et qui semblait avoir envie de se faire instruire de la vraie religion ; et il l'exhortait à faire pénitence pour le sang des chrétiens qu'il avait répandu, lui disant de croire en Jésus-Christ et de se faire baptiser, parce que ce serait pour lui un moyen de se sauver, d'accroître son empire et d'obtenir de grandes victoires contre ses ennemis.

L'empereur, commençant déjà à se laisser persuader, dit à ceux qui l'entouraient : « Ecoutez la sainte doctrine que cet homme nous apprend ». Mais le préfet de la ville, nommé Calpurnius, s'écria aussitôt : « Voyez-vous comment il séduit notre prince ! Quitterons-nous la religion que nos pères nous ont enseignée ? »

Claude, craignant que ces paroles n'excitassent quelque trouble ou quelque sédition dans la ville, abandonna le Martyr au préfet, qui le mit à l'heure même entre les mains du juge Astérius, pour être examiné et châtié comme un sacrilège. Celui-ci fit d'abord conduire le prisonnier en sa maison. Lorsque Valentin y entra, il éleva son coeur au ciel, et pria Dieu qu'il lui plût d'éclairer ceux qui marchaient dans les ténèbres de la gentilité, en leur faisant connaître Jésus-Christ la vraie lumière du monde.

Astérius, qui entendait tout cela, dit à Valentin : « J'admire beaucoup ta prudence ; mais comment peux-tu dire que Jésus-Christ est la vraie lumière ? »
- « Il n'est pas seulement », dit Valentin, « la vraie lumière, mais l'unique lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde »
- « Si cela est ainsi, dit Astérius, j'en ferai bientôt l'épreuve : j'ai ici une petite fille adoptive qui est aveugle depuis deux ans ; si tu peux la guérir et lui rendre la vue, je croirai que Jésus-Christ est la lumière et qu'il est Dieu, et je ferai tout ce que tu voudras ». La jeune fille fut donc amenée au Martyr, qui, lui mettant la main sur les yeux, fit cette prière : « Seigneur Jésus-Christ, qui êtes la vraie lumière, éclairez votre servante ».

A ces paroles, elle reçut aussitôt la vue, et Astérius et sa femme, se jetant aux pieds de leur bienfaiteur, le supplièrent, puisqu'ils avaient obtenu par sa faveur la connaissance de Jésus-Christ, de leur dire ce qu'ils devaient faire pour se sauver. Le Saint leur commanda de briser toutes les idoles qu'ils avaient, de jeûner trois jours, de pardonner à tous ceux qui les avaient offensés, et enfin de se faire baptiser, leur assurant que, par ce moyen, ils seraient sauvés. Astérius fit tout ce qui lui avait été commandé, délivra les chrétiens qu'il tenait prisonniers, et fut baptisé avec toute sa famille, qui était composée de quarante-six personnes.

L'empereur, averti de ce changement, craignit quelque sédition dans Rome, et, par raison d'Etat, il fit prendre Astérius et tous ceux qui avaient été baptisés, puis les fit mettre à mort par diverses sortes de tourments. Pour Valentin, le père et le maître de ces bienheureux enfants et disciples, après avoir été longtemps en une étroite prison, il fut battu et brisé avec des bâtons noueux ; enfin, l'an 268, le 14 février, il fut décapité sur la voie Flaminienne, où, depuis, le pape Jean Ier fit bâtir une église sous son invocation près du Ponte-Mole. Cette église ayant été ruinée, le pape Théodose en dédia une nouvelle, dont il ne reste plus de traces non plus. La porte appelée plus tard du Peuple portait anciennement le nom du saint Martyr. On garde la plus grande partie de ses reliques dans l'église de Sainte-Praxède. Les autres furent apportées en France, en l'église Saint-Pierre de Melun-sur-Seine, mais elles ne s'y trouvent plus aujourd'hui.

Saint Valentin est nommé, avec la qualité d'illustre Martyr, dans le Sacramentaire de saint Grégoire, dans le Missel romain de Tommasi, dans les divers martyrologes et calendriers : les Anglais l'ont conservé dans le leur.

Saint Valentin a été représenté : tenant une épée et une palme, symboles de son martyre ; guérissant la fille du juge Astérius. Cette circonstance de la guérison d'une jeune fille, et plus encore son nom de Valentin, qui signifie santé et vigueur, explique pourquoi les fiancés, les jeunes gens à marier, ceux qui craignent les atteintes de la peste, les personnes, enfin, qui sont sujettes à l'épilepsie et aux évanouissements se sont placés sous son patronage.

Plusieurs siècles après sa mort, Valentin fut canonisé en l'honneur de son sacrifice pour l'amour. La fête de la Saint-Valentin fut instituée pour contrer la Lupercalia, fête païenne donné le jour de la fertilité et dédiée à Lupercus, dieu des troupeaux et des bergers, et Junon, protectrice des femmes et du mariage romain. L'événement le plus marquant de ces réjouissances était la course des Luperques : des hommes mi-nus poursuivaient des femmes et les frappaient avec des lanières de peau de bouc, les coups reçus assurant fécondité et grossesse heureuse à celles-ci.

Une autre origine est attribuée aux festivités de la Saint-Valentin. On prétendait en effet que, sous certains climats, les oiseaux s'appariaient pour la belle saison prochaine, à la Saint-Valentin, comme il est reçu qu'en d'autres pays plus froids ils s'apparient à la Saint-Joseph. Prenant exemple sur eux, les hommes auraient trouvé ce jour propice à la déclaration amoureuse. Dans les anciens calendriers, à une époque où les devoirs de la vie civile se confondaient avec ceux de la vie religieuse, chaque jour y était marqué par un signe qui parlait immédiatement aux yeux des initiés. C'est ainsi que la Saint-Valentin était marquée par un soleil dans la main du saint, ou par un gaufrier : un soleil, parce qu'il était censé reprendre sa force à cette époque, qui est à peu près celle des Quatre-Temps du printemps, et que les fleurs les plus précoces (amandiers, noisetiers, etc.) commencent à se montrer dans une partie de l'Europe ; un gaufrier, pour annoncer les réjouissances de Carnaval.



11 novembre 2008

Armistice du 11 novembre 1918...souvenons-nous

Par-delà sa genèse même qui continue d’empoisonner les spécialistes, on a longtemps cru (ou fait croire) que le premier conflit mondial fut affaire d’héroïsme et de sacrifice. Durant de longues décennies, la Grande Guerre a été comme anesthésiée derrière le voile des batailles épouvantables, le rôle des chefs d’État aussi inconséquents les uns que les autres, des généraux massacreurs, bref derrière le jeu diplomatique entre les puissances. Désincarnée, vue de haut, la Première Guerre mondiale a attendu longtemps pour qu’une majorité d’historiens se penche enfin sur ses personnages principaux – les combattants eux-mêmes – mais également sur ses réelles conséquences.
      
Nous savons aujourd’hui ce qu’il en fut, pour les hommes comme pour le monde. D’ailleurs étaient-ils encore des hommes, pleinement des hommes, ceux qui sortirent vivants des tranchées en criant déjà « plus jamais ça » ? Quant au monde, plus que jamais dominé par les puissances capitalistes après un conflit militaro-industriel de quatre années, il enfantait vraiment un siècle nouveau en enterrant neuf millions de morts dans le sang et le fer… 

Il est donc presque commun, désormais, de parler de « matrice du XXe siècle » à l’évocation de cette boucherie infâme qui jeta dans les tranchées, les uns contre les autres, quelque soixante-dix millions d’hommes. Ainsi, au lendemain du 11 novembre 1918, et plus encore le 28 juin 1919 après la signature du fameux traité de Versailles, c’est une autre France, un autre Europe, un autre monde, un autre capitalisme, une autre manière de voir l’humanité, aussi, qui émergent d’un ordinaire de boue, d’agonies et de larmes. Fin d’une guerre qui n’aura rapproché de la paix ni les peuples « vainqueurs » ni ceux qui l’ont « perdue ». Bien au contraire.

"Un avant. Un après."

Rarement dans l’histoire le sort des hommes basculait à ce point d’une époque à une autre. Un avant. Un après. Les contributions des historiens montrent, quels que soient les domaines, combien le paysage qui se dessinait au début des années vingt ne manquait pas d’ambiguïtés. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, brandi par les démocraties, dissimulait toujours des intérêts impérialistes inavouables. Les humiliations imposées aux « vaincus » entretenaient l’esprit de revanche nationaliste. Tandis que la crainte panique de la révolution bolchevique, qui venait de renverser le tsarisme, prenait le dessus sur l’indispensable vigilance à l’égard de l’ancien ennemi allemand, qui, contrairement à ce que l’on croit, pouvait compter, encore en 1918, d’une puissance industrielle très supérieure à celle de la France…

L’ouverture d’une longue séquence

Par ailleurs, impossible de décrire en quelques mots, ou seulement à énumérer, les changements déjà à l’œuvre ou en germe au sortir de cette guerre en trompe-l’œil, qu’il s’agisse de la vie quotidienne, des déchirements collectifs ou des découvertes de son intimité inconsciente, du monde artistique révolutionné par le dadaïsme et le surréalisme, de la politique surtout, née à la fois de l’espoir soviétique et de l’émergence de nouveaux monstres le bras dressé ou en chemises noires… Période de bouleversements considérables, donc. Pourtant le pire était encore à venir. Il trouva racines dans la glorification du soldat tombé au champ d’horreur, ce qui supposait un double processus de banalisation et de sacralisation de l’expérience de guerre. Et pas n’importe quelle guerre : une guerre devenue totale ! De sorte que le caractère horrible de cette boucherie, symbolisée ô combien par la première utilisation des gaz, s’en trouvait quelque peu gommé par le courage et la jeunesse triomphante… Les conséquences sont connues : le désir « d’homme nouveau » et son programme de régénération morale et politique dont le nazisme est directement issu en Allemagne. Voilà pourquoi la guerre de 1914-1918 ouvrait une séquence plus tragique que jamais, qui conduira l’humanité à Hiroshima et à Auschwitz…

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