On oublie le dernier rêve ; on se remémore toujours le premier amour.

Ce blog est dédié à tous les amoureux de l'Amour, de la philosophie, de l'humour, de la littérature, des voyages... et bien plus encore, sans aucune prétention, et avec votre contribution, si vous le souhaitez.

14 avril 2009

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

Hajime a connu pour la première fois l'amour en compagnie de la douce Shimamoto-San. Séparés par la vie, ilharuki1 n'a pourtant jamais oublié. Aujourd'hui, à l'aube de la quarantaine, Hajime est devenu un homme ordinaire et s'est construit une vie agréable entre sa famille et un métier qui lui plaît. Ce fragile équilibre résistera-t-il à ses retrouvailles avec Shimamoto-San ?

L'auteur japonais nous avait habitués aux personnages de classe moyenne qui, perdus et broyés au milieu de la foule, se résignaient à vivre anonymement et à faire éclater le plus discrètement possible leur désespoir. Cette fois, le héros du roman s'en tire un peu mieux que les autres. Hajime a une situation confortable. Marié à la fille d'un industriel, il a pu ouvrir un club de jazz. Sa femme l'aime, il l'aime aussi. Autant que ses deux filles. Il a quarante ans mais en paraît trente parce qu'il va régulièrement à la piscine. Il conduit une BMW la semaine, une Cherokee le week-end. Que dire de plus ? Que la belle Shimamoto-san, son amour de prime jeunesse, va faire son apparition et rendre tout d'un coup cette petite vie bourgeoisement confinée inutile et insupportable.
Ce roman de Haruki Murakami se lit d'une traite. Chose curieuse, cette lecture s'effectue comme une procession lente et mesurée, sans avidité, ni boulimie romanesque. La phrase, sèche et tendue, a la curieuse faculté de mettre les personnages à distance d'eux-mêmes. Mystérieusement, ils parlent presque d'outre-tombe, dévoilant sur eux-mêmes une vérité qu'ils semblent fatigués de vouloir endosser. Haruki Murakami est assurément un auteur à découvrir et à suivre.

31 janvier 2009

Platon et son ornithorynque entrent dans un bar

platon_ornitho" Ce sont mes principes, si tu ne les aimes pas, j'en ai d'autres ", disait Groucho Marx, à qui ce livre est dédié. Voici une véritable introduction à la philosophie qui a pour ambition de puiser ses exemples dans le riche patrimoine mondial des histoires drôles. Pour aborder sans crainte Platon, Kant, Aristote ou Descartes. EXISTENTIALISME : " l'existence précède l'essence ". Si vous êtes d'accord avec cette proposition, vous êtes un existentialiste. Sinon vous existez quand même, mais vous êtes essentiellement en dehors du coup.

Un livre que je vous recommande car il permet d'aborder les grands concepts de la philosophie au travers du patrimoine des histoires drôles. C'est désopilant, jouissif, et ce livre vous donne des clés de compréhension qu'il est parfois difficile de s'approprier dans des ouvrages jugés plus "universitaires". Je vous cite juste un exemple, à la partie "Raison versus Révélation":

Un homme trébuche et tombe dans un puits profond; il chute sur trente mètres avant d'attraper une racine grêle à laquelle il s'accroche de toutes ses forces. Mais son étreinte est de plus en plus faible, et, en proie au désespoir, il crie, "N'y a-t-il personne là-haut?"
Il lève la tête, mais ne voit qu'un rond de ciel bleu. Soudain, les nuages se dissipent, et un rayon de la plus vive lumière descend jusqu'à lui. Une voix grave tonne :"Moi, le Seigneur, je suis là. Lâche la racine et je te sauverai."
L'homme réfléchit un moment et hurle "N'y a-t-il personne d'autre là-haut?"

Moralité : accrochez-vous à une racine, et vous aurez tendance à faire pencher la balance en faveur de la raison.

18 novembre 2008

Mineure - Yann Queffelec

queffelecPour ce ­roman, Yann Queffélec, prix Goncourt en 1985, n'a pas choisi la faci­lité : intitulé Mineure, le livre évoque précisément les émois d'un quinquagénaire pris dans les rets redoutables d'une mineure, Sybille, treize ans, l'amie de ses propres filles.
Comment donc ­Michel, dont le couple bat de l'aile, va-t-il faire face à cette attirance inattendue pour une gamine tout juste adolescente : un visage d'enfant mais un corps de femme qui lui fait ouvertement du gringue ? Le narrateur raconte « comment cette poussière du destin [lui] est entrée dans l'oeil jusqu'à [lui] pourrir le cerveau ». Il dit tout, son émoi, ses doutes, ses réticences face à cette tentation dangereuse. « Vieille connaissance, la tentation, mais jusque-là majeure et vaccinée, millésimée par la morale en cours. »

Une diablesse déguisée en fleur

Voilà donc Michel empêtré dans un cas de conscience que nombre de ses congénères ont dû connaître au moins une fois dans leur vie. « J'étais un homme honnête, pas un désaxé. Je voulais regarder ma femme et mes enfants dans les yeux. Je voulais pouvoir me raser, sans avoir honte et désirer, chaque fois, donner un coup de boule à cet enfoiré de miroir. » Repoussant malgré lui les avances de « cette petite pousse-au-crime aux yeux d'absinthe », Michel finit par se l'avouer : « Je désirais croquer ­Sybille, c'est tout. ».
Horreur, malheur. Sur cette partition bien connue du démon de minuit réveillé par une diablesse déguisée en bouton de fleur à peine éclose, Yann Queffélec, cinquante-sept ans, joue ici une version plutôt réussie, et jamais poisseuse, de Lolita 2006. Sa plume enlevée y est pour beaucoup, tout comme son sens de la nuance. Si Mineure n'est pas un roman majeur, il saisit avec justesse les aléas du désir et ne laisse pas de faire ­réfléchir sur la faiblesse de la chair.




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