On oublie le dernier rêve ; on se remémore toujours le premier amour.

Ce blog est dédié à tous les amoureux de l'Amour, de la philosophie, de l'humour, de la littérature, des voyages... et bien plus encore, sans aucune prétention, et avec votre contribution, si vous le souhaitez.

13 novembre 2009

Anges et Démons...dérives possibles.

"Anges et Démons", l'adaptation au cinéma du livre de Dan Brown (auteur du "Da Vinci Code"), est sorti au niveau mondial le 13 mai. Son intrigue conspirationniste attirera très certainement les spectateurs, mais pour certains ce film risque de faire passer les élucubrations d'un romancier pour des certitudes historiques.

Le roman et son adaptation au cinéma par Ron Howard raconte la lutte, de nos jours, entre les Illuminati, une société secrète dont la création remonterait à la Renaissance, et l'Eglise catholique. Dan Brown explique que le grand scientifique Galilée et l'artiste baroque Bernini auraient figuré parmi les adeptes des Illuminati, dont les membres auraient été "expulsés de Rome par le Vatican et pourchassés sans merci". D'où leur vengeance, 400 ans après.

Dan Brown s'est inspiré de différentes "théories du complot" qui présentent les Illuminati comme une mystérieuse "élite parmi l'élite" dont le but serait d'infiltrer les réseaux de pouvoirs pour créer un "nouvel ordre mondiale" fondé sur un humanisme séculier.

Des théories, très répandues sur le Net, qui se basent sur l'interprétation de signes cachés dans les livres d'histoire, mais aussi dans notre vie quotidienne. Par exemple, la pyramide et l'œil dessinés sur le billet de un dollar américain, symboles Illuminati, seraient la preuve que la société secrète avait infiltré les plus hautes sphères du pouvoir dès les années 40.

Vivement critiqué pour avoir déformé la réalité historique, Ron Howard, le réalisateur d'"Anges et Démons", s'est défendu dans le "Huffington Post" en affirmant que "le film ne prétendait pas être plus qu'une fiction". Il a ajouté que "si les fictions ne pouvaient pas prendre certaines libertés avec la réalité, il n'y aurait eu ni 'Ben-Hur', ni 'Barabbas', ni 'La tunique', ni 'Autant en emporte le vent' ou 'Titanic'". Sur son site officiel, Dan Brown est plus ambigüe (voir les extraits plus bas).

Le film de Ron Howard surfe donc sur la vague des théories du complot. Et son film pourrait trouver un écho particulièrement important en cette période de crise économique et de peur d'une pandémie de grippe A (H1N1). Un blogueuse francophone n'accuse-t-elle pas les Illuminati d'avoir déclenché l'épidémie ?

Ce genre de livres et de films, comme Da Vinci Code, permettent à tous les adeptes du "grand complot" de trouver enfin une explication à leurs peurs irrationnelles, et favorisent tous les amalgames possibles : de l'astrologue charlatan jusqu'aux rites initiatiques, en passant par la Franc-Maçonnerie, tout est, de fait, mis dans le même panier sans aucun discernement.

Or il est plus que jamais nécessaire de rappeler une réalité intangible, authentique et vérifiable de notre histoire contemporaine : les Francs-Maçons ont été grandement victimes de la "chasse aux sorcières" ayant pris corps pendant le régime nazi. On sait qu'Hitler était passionné par l'ésotérisme et les sciences occultes et était persuadé que les F:.M:. disposaient de secrets immenses. Aussi, avec l'aide des autorités françaises de l'époque, ne l'oublions pas, la chasse aux Francs-Maçons s'engagea dans tout le pays.

Alors amalgamer des obédiences initiatiques à des charlatans ou des illuminés est très dangereux pour l'opinion publique, cela peut faire rejaillir des haines certainement mal étouffées encore de nos jours.

Que chacun soit prudent sur ce terrain là...

12 mai 2009

Casse toi, pauv' arme !

En ce jour de commémoration et de souvenir, les contribuables français ont eu droit, une fois de plus, et grâce à TF1 bien sur, à une leçon d'économie en direct sur le thème : "mais où passe notre argent qui manque tant à notre pays?"

La réponse est on ne peut plus claire : nous avons vu en direct quelques milliards d'euros en pleine démonstration au milieu de la Méditerranée, sous les yeux ébaubis de not' Président, de son 1er Ministre et de son Ministre de la Défense. Oui, des milliards d'euros sous nos yeux, avec bien sur l'alibi vertueux de la journée : des collégiens triés sur le volet et participant à cette grande bouffonnerie qui n'a d'autre but que d'essayer de "fourguer" notre si merveilleux arsenal de mort à des pays "amis" (ou ennemis, quand il est question d'argent, nos dirigeants ne sont pas si regardants à vrai dire).

Que voulez-vous, not' pauvre Dassault national n'arrive pas à vendre ses Rafale, il lui faut bien un peu de pub...puis c'est un (des nombreux) pote de not' Président, comme ceux qu'il fait nommer en ce moment-même dans des entreprises, des banques, des radios,des chaînes de télé, etc.

Et dire que des pov' innocents ignares comme moi continuent de penser que l'ensemble du coût de l’arsenal nucléaire français de 1945 à 2010 est estimé à 228,67 milliards d’euros (source livre "Audit atomique" de Brunot Barillot du centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits). Le coût de l’arme nucléaire en France est estimée à 1,52 million d’euros par heure. (vous avez bien lu)

Nos braves collégiens embarqués sur ce bateau de guerre auraient peut-être préféré que ces sommes qui donnent le vertige soient affectées à l'éducation nationale et à l'aide aux étudiants, afin qu'au dogme de la "dissuasion nucléaire" succède celui du "plus un seul étudiant ne devrait être obligé de travailler pour financer ses études, son logement, sa nourriture".

Mais pour cela il faudrait du courage, que ni la gauche ni la droite n'ont eu et n'auront probablement jamais : en finir avec le lobby militaro-industriel et pétrolier, faire que l'avenir de nos enfants et de leurs futurs enfants soit plus que jamais une priorité intergénérationnelle, obligatoire, inscrite dans la constitution.

Allez chiche? Pari perdu d'avance...

Mais bon inspirons-nous d'Edouard Herriot qui disait : "Une utopie est une réalité en puissance" et rêvons!

01 mai 2009

Transgresser les règlements : est-ce être immoral?

Vous n'avez pas forcément raison d'être rebelle ou mauvais citoyen, mais l'accusation d'immoralité - "attention, ce n'est pas bien!" - est déplacée.

Vous avez un problème avec le droit. Or le droit n'est pas la morale. Le droit n'est que général, la morale vise l'Universel.

Les règles ou les lois sont faites pour permettre la vie ensemble d'un certain nombre d'individus à un moment donné. La distinction morale entre le Bien et le Mal est censée s'appliquer de tout temps à tous les individus. Mais surtout : on ne peut pas juger de la moralité ou de l'immoralité d'un comportement depuis l'extérieur. Seul celui qui agit sait, de l'intérieur, s'il a agi en voulant faire le Bien ou non. La morale dépend de la qualité de l'intention. Personne ne peut savoir - de l'extérieur - quelle était votre intention lorsque vous avez enfreint la loi.

Kant a bien montré que la grandeur du comportement moral tenait à sa liberté intrinsèque : c'est lorsque ma volonté de faire le Bien est vraiment mienne, lorsque, donc, je n'obéis qu'à moi en voulant faire le Bien, que je suis un être moral.

Ainsi, la simple présence d'un pouvoir de contrainte (par exemple, la police dans les rues de la ville) censé faire respecter les lois et d'un pouvoir de sanction en cas de désobéissance (la justice) prouvent déjà que le droit n'est pas la morale, puisque c'est de l'extérieur que nous sommes invités au respect des lois. Vous pourrez bien sûr ajouter que, souvent, dans l'histoire des hommes, certains ont désobéi aux lois au nom de la morale, comme par exemple les résistants français, ou tous ceux que Camus nomme les "hommes révoltés". Et conclure alors sur cet étrange paradoxe que votre question permet de mettre au jour : notre civilisation nous demande d'obéir aux lois, la plupart du temps pour des raisons non morales (habitude, conformisme, peur de la sanction, intérêt bien compris, etc.), mais aussi de savoir leur désobéir, lorsque, vraiment, elles sont inadmissibles, dans un sursaut moral.

D'où cette question cruciale : comment maintenir la possibilité d'un tel sursaut moral au coeur d'une obéissance quotidienne aux lois, qui, par son automatisme, son caractère non questionné, risque d'endormir notre sens moral? Et cette question conséquente, qui vous fera peut-être plaisir : qui aura le plus de chance de maintenir en lui la possibilité d'un tel sursaut moral devant des lois inhumaines? Celui qui est plutôt rebelle, qui a, comme vous, "un problème avec le respect des lois"? Ou celui, légaliste, qui y obéit sans se poser de questions?

PS : Merci à Philosophie Magazine

28 avril 2009

Outreau : une simple "réprimande" pour le juge Burgaud (Nouvel Obs)

Le Conseil supérieur de la magistrature a relevé "un certain nombre de négligences, maladresses et défauts de maîtrise" de la part du juge Burgaud, sanctionné pour son instruction du désastre judiciaire d'Outreau. La "réprimande avec inscription au dossier" est la plus basse des neuf sanctions possibles.

Fabrice Burgaud a demandé au CSM de lui "rendre son honneur" (Sipa)
Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a infligé au juge Fabrice Burgaud une "réprimande avec inscription au dossier", c'est-à-dire la sanction la plus basse possible, selon la décision de l'instance disciplinaire rendue publique vendredi 24 avril. Le juge est sanctionné, pour son instruction du désastre judiciaire d'Outreau.
Cette annonce officialise des informations provenant de source proche du dossier.
La "réprimande avec inscription au dossier" est la plus basse des neuf sanctions possibles.
Avant même l'annonce officielle, le magistrat avait fait savoir qu'il déposerait "certainement" un recours devant le Conseil d'Etat.

"Négligences, maladresses et défauts de maîtrise"

Le CSM relève dans sa décision "un certain nombre de négligences, maladresses et défauts de maîtrise dans la conduite de l'information" par le juge Burgaud.
"Leur accumulation constitue en l'espèce un manque de rigueur caractérisée (...) et en conséquence, un manquement par M. Burgaud aux devoirs de son état de juge", estime le CSM.
Le juge Burgaud devient ainsi le seul à "payer" pour le drame judiciaire d'Outreau. Il avait instruit cette affaire de pédophilie en 2001-2002, au tribunal de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), alors qu'il sortait de l'école de la magistrature. Le procès s'était soldé par l'acquittement de 13 des 17 accusés, dont certains ont passé des années en détention. L'un des prévenus s'est suicidé en détention.

Seul à "payer"

Outre le juge Burgaud, le procureur de Boulogne Gérald Lesigne a lui aussi dû s'expliquer devant le CSM, en 2008. Il n'a cependant fait l'objet d'aucune sanction, ayant simplement été muté à Caen par la Chancellerie.
Le ministère de la Justice, qui avait traîné le juge devant ses pairs en lui reprochant son "manque évident de rigueur et d'impartialité", avait réclamé son exclusion d'un an maximum de la magistrature, une sanction équivalant au sixième degré de gravité sur neuf.

Recours

L'un des avocats du juge Burgaud, Me Jean-Yves Dupeux, a assuré que le juge Burgaud déposera "certainement" un recours devant le Conseil d'Etat, instance qui déciderait en dernière ressort, statuant sur le fond du dossier.
"Je ne voyais dans le dossier aucun élément susceptible de justifier une condamnation de M. Burgaud", a dit Me Dupeux, selon qui le choix d'une réprimande est "une décision absurde de compromis, issue de pressions politiques".
"Soit il y a faute du juge Burgaud et c'est grave; soit il n'y a pas faute et il faut en tirer les conséquences", a-t-il expliqué.
Cette décision, a-t-il aussi estimé, "est grave pour l'avenir car elle crée une jurisprudence très dangereuse en permettant au pouvoir politique de menacer un juge du siège s'il n'agit pas comme on veut".

Excuses de Chirac

Le CSM a en tout cas pris le risque de donner au juge Burgaud l'image d'un "bouc émissaire", alors que le dossier a aussi révélé de nombreux autres ratés, aussi bien chez les supérieurs du jeune magistrat, que chez certains avocats commis d'office, négligeant leurs clients.
Cette affaire avait contribué à miner la confiance des Français dans leur justice, au point de susciter une commission d'enquête parlementaire et d'inciter le président Jacques Chirac lui-même à présenter des excuses aux innocentés, dont certains ont passé jusqu'à trois ans derrière les barreaux.

13 avril 2009

De la séduction à la drague

Comment aborde-t-on celle ou celui que l’on veut séduire ? À chaque époque, amants ou soupirants ont inventé toute une diversité de stratégies et de ruses pour se livrer au commerce sexuel ou amoureux.
Le coude sur la portière de son cabriolet, arborant un sourire ravageur, le dragueur contemporain n’a rien à envier au séducteur des temps anciens. Il n’est qu’à en juger par l’usage des carrosses et des fiacres depuis la fin du Moyen Âge.
Casanova, dans ses confessions érotiques, y narre quelques exploits, quand par exemple il se fait raccompagner dans la voiture d’une jolie femme et lui laisse « une marque non équivoque de l’ardeur qu’elle [lui] avait inspirée ».
Et lorsque Emma Bovary accepte la promenade en fiacre que lui propose Léon, le cocher doit bien se résigner à passer la journée entière à sillonner la ville de Rouen…
En fait, prévient Jean Claude Bologne d’entrée, on pourrait douter qu’il existe une histoire de la conquête amoureuse, tant l’on retrouve à toutes les époques des Don Juan, des volages, des fidèles ou des timides. Il n’empêche que si l’on a toujours séduit, conté fleurette, coqueté, racolé, dragué…, l’air du temps y appose sa marque, et c’est tout ce qui fait l’intérêt de sa recherche, pleine d’anecdotes aussi distrayantes qu’édifiantes.
Les nouveaux codes construits à chaque époque, toutefois, ne touchent pas toutes les couches de la société. Que savons-nous des pratiques amoureuses chez les paysans du Moyen Âge ou dans le peuple parisien du Grand Siècle ? Notre historien manie la prudence et la nuance : même si sa recherche embrasse une quantité considérable de sources, celles des temps anciens – L’Art d’aimer d’Ovide ou les manuels de séduction qui se multiplient à partir de la Renaissance – ne laissent à voir que certains pans, certaines grandes tendances plutôt à l’œuvre chez les privilégiés.
L’amour courtois par exemple est une invention de la chevalerie du Moyen Âge qui transforme quelque peu le regard porté sur la femme, invitée à exiger quelques prouesses de son preux chevalier énamouré… La courtoisie vient adoucir les rudes habitudes de l’Antiquité où, hors mariage, le viol, le rapt ou la séduction par l’argent d’une affranchie étaient monnaie courante.
Avec les amourettes multiples et brûlantes de François Ier, l’« escadron volant » de Catherine de Médicis et les mignons de son fils Henri III, la Renaissance installe une certaine licence sexuelle, mais elle invente aussi la galanterie qui se répand dans les cours pacifiées du Grand Siècle. Des paradoxes, des contradictions, des ruses émaillent donc cette histoire compliquée et foisonnante, où la sincérité de l’amour, la pureté des sentiments cohabitent avec le plaisir de la séduction ou l’ardeur du désir… Et les femmes ne sont pas toujours en reste, puisque le rang peut parfois inverser la hiérarchie des sexes : au xviie siècle, Mme d’Alincourt rentre dans son cabinet après une chute à la chasse, et se fait « prendre » contre son gré par son écuyer dévoué. Ce n’est, en somme, qu’une fois retombé l’effet des ébats qu’elle s’estime outragée et le menace de mort : comme il lui tend son arme pour le poignarder, elle le pardonne et devient ensuite sa maîtresse…

Au siècle des Lumières, des mœurs progressivement policées s’allient au libertinage (quand ce n’est pas la débauche comme à la cour de Louis XV) et à l’aveu plus affiché du désir charnel.Mais encore faut-il distinguer, durant toutes ces périodes, entre les différentes femmes : à la maîtresse, l’hommage et les armes les plus raffinées de la séduction, à l’épouse, le respect (jusqu’au xixe siècle, les mariages sont décidés par les familles), et aux autres – prostituées, chambrières ou femmes du peuple ou de la campagne –, le devoir d’accepter de se faire renverser sur la paille avec la plupart du temps le mépris pour tout remerciement…

L’époque contemporaine – qui démarre à la Révolution française – est, quant à elle, riche de mutations en tous genres et les pratiques de séduction ne font pas exception. Les changements observés s’inscrivent dans des rapports peu à peu plus égalitaires entre les deux sexes, dans lesquels le lien amoureux nécessite l’accord des deux partis. Là encore, pourtant, vont cohabiter des usages on ne peut plus contrastés. D’un côté, comme le rappelle J.C. Bologne, le xixe siècle est celui de la virilité, qui va bientôt donner naissance aux figures du militaire, du sportif, du « républicain viril » et à des générations de coureurs de jupon cultivant le machisme.
De l’autre, l’amoureux romantique, à l’image des héros stendhaliens, qui rougit, pâlit, se pâme et monte des tentatives de suicide pour conquérir sa dame… À l’heure où la fée électricité est apparue dans le paysage naît le coup de foudre, qui électrise désormais les regards et les âmes, tant féminins que masculins. D’innombrables codifications amoureuses se diffusent au fil des progrès techniques. Les cartes postales et les timbres (selon leur inclinaison) deviennent le support de tout un langage du cœur. Les transports (croisières en paquebots, voyages dans l’Orient Express), les stations balnéaires et les casinos sont autant de lieux où se développent la drague et une nouvelle pratique venue de chez les Anglo-Saxons : le flirt (issu du terme français « conter fleurette »), qui scelle une nouvelle liberté initiée en terre protestante où les jeunes filles sont, dit-on, plus entreprenantes. « Effleurer le vêtement avant d’oser la chair, serrer le bras avant de saisir le corps… », tout un jeu du désir et de l’excitation se développe alors avant le mariage et en dehors du contrôle parental.

Mais bien sûr, c’est avec l’avènement de la pilule et la légalisation de la contraception, dans les années 1960, qu’intervient la rupture majeure.
Dans une société qui accorde une large place aux loisirs et à la fête, la libéralisation des mœurs autorise alors les expériences sexuelles qui détermineront les choix de chacun pour sa chacune – et inversement.
La conquête amoureuse n’est plus affaire de mâles dominants qui sélectionnent leurs proies : les femmes peuvent enfin se permettre de revendiquer leurs choix sexuels et sentimentaux. Les hommes se doivent désormais de faire leurs preuves !
Alors, ringards et disqualifiés les dragueurs ? Oui, certes, mais les évolutions très récentes montrent que leur destin n’est peut-être pas scellé : J.C. Bologne ne manque pas, à la fin de son ouvrage, de pointer de nouvelles ruses de la séduction, issues des relations via Internet ou des avancées de la psychologie. Bref les dragueurs – et les dragueuses – n'ont pas dit leur dernier mot.

24 mars 2009

Les impôts...une histoire interactive pour comprendre

À chaque conception d'un système politique correspond une fin de l'histoire.

À VOUS D'ÉCRIRE LA FIN QUI VOUS CONVIENDRAIT.

Imaginons que tous les jours, 10 amis se retrouvent pour boire une bière, et que l'addition totale se monte à 100 euros. Normalement, cela ferait 10 euros par personne. Mais nos dix amis décidèrent de payer cette facture selon une répartition qui s'inspire du calcul de l'impôt sur le revenu, ce qui donna ceci :

· Les 4 premiers (les plus pauvres !?), ne paient rien.
· Le cinquième paye 1 euros
· Le sixième paye 3 euros
· Le septième paye 7 euros
· Le huitième paye 12 euros
· Le neuvième paye 18 euros
· Le dernier (le plus riche ?!) paye 59 euros.

Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblaient assez contents de leur arrangement. Jusqu'au jour où le tenancier décida de leur faire une remise de fidélité !
« Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j'ai décidé de vous faire une remise de 20 euros sur la facture totale. Vous ne payerez donc désormais vos 10 bières que 80 euros. »

Comment répartir cette réduction ?

VOICI LA SOLUTION DU LIBÉRALISME. (IL Y EN A D'AUTRES QUE JE VOUS INVITE À TROUVER)

Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu'ils auraient payé leurs taxes. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres, (les clients payants), allaient diviser les 20 euros de remise de façon équitable ? Ils réalisèrent que 20 euros divisé par 6 faisaient 3.33 euros. Mais s'ils soustrayaient cette somme de leur partage alors le 5ème et 6ème homme devraient être payés pour boire leur bière. Le tenancier du bar suggéra qu'il serait plus équitable de réduire l’addition de chacun d'un pourcentage du même ordre, il fit donc les calculs. Ce qui donna ceci :

· Le 5ème homme, comme les quatre premiers ne paya plus rien. (Un pauvre de plus ?)
· Le 6ème paya 2 euros au lieu de 3 (33% réduction)
· Le 7ème paya 5 euros au lieu de 7 (28% de réduction)
· Le 8ème paya 9 euros au lieu de 12 (25% de réduction)
· Le 9ème paya 14 euros au lieu de 18 (22% de réduction)
· Le 10ème paya 50 euros au lieu de 59 euros (16% de réduction)

Chacun des six « payants » paya moins qu'avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement.
Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie :
« J'ai seulement eu 1 euros sur les 20 euros de remise », dit le 6ème il désigna le 10ème « lui, il a eu 9 euros ».
« Ouais ! Dit le 5ème, j'ai seulement eu 1 euros d'économie »
« C'est vrai ! » s'exclama le 7ème, « pourquoi aurait- il 9 euros alors que je n'en ai eu que 2 ? Le plus riche a eu le plus gros de la réduction »
« Attendez une minute » cria le 1er homme, « nous quatre n'avons rien eu du tout nous. Le système exploite les pauvres ».
Les 9 hommes cernèrent le 10ème et l'insultèrent.

La nuit suivante le 10ème homme (le plus riche ?!) ne vint pas. Les neuf autres s'assirent et burent leur bière sans lui. Mais quant vint le moment de payer leur note ils découvrirent quelque chose d'important : ils n'avaient pas assez d'argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l'addition ! Et cela, mes chers amis,
est le strict reflet de notre système d'imposition. Les gens qui payent le plus de taxes tirent le plus de bénéfice d'une réduction de taxe. Taxez les plus fort, accusez-les d'être riches et ils risquent de ne plus se
montrer désormais.

En fait ils vont boire à l'étranger.

ET VOUS COMMENT AURIEZ-VOUS FAIT ?

21 mars 2009

La Troisième Culture

Une « troisième culture » émerge avec Internet, rivalisant avec les institutions de production et de diffusion du savoir. L’avènement d’un tiers-état culturel annonce-t-il le début d’une révolution mentale ?

Levé à 6 h 55. À peine dix minutes plus tard, je suis face à mon écran, assis sur un fauteuil, le portable sur mes genoux, un café à portée de main. Première urgence : les emails. Par magie, la pluie de spams qui inondaient ma boîte à lettres virtuelle s’est épuisée depuis un mois. Je relève donc quelques courriels personnels et professionnels. Parmi eux une newsletter scientifique me livre une information qui m’intrigue, une découverte sur les plus vieilles traces humaines. Une équipe d’archéologues annonce avoir trouvé en Égypte des traces de pas fossilisées remontant à plus de deux millions d’années ! Je laisse mes emails en souffrance (je répondrai plus tard…) pour suivre la piste.
Elle m’amène à un site d’archéologie où la découverte est exposée en détail. Cela se passe dans l’oasis de Siwa. Où est-ce exactement ? Pour mieux localiser le site, j’ouvre Google Earth. En moins d’une minute me voilà en train de survoler l’Afrique, puis de zoomer sur une oasis égyptienne comme si j’étais à bord d’un satellite. À peine un quart d’heure après être sorti du sommeil, je suis embarqué dans mon cocon numérique à planer au-dessus de l’Afrique. Première promenade informationnelle de la journée. Première dérive aussi. Parti dans le but de relever le courrier, je me suis déjà laissé embarqué dans une ballade cognitive, stimulante et stressante à la fois.
Il est banal de dire que nous vivons, avec Internet et le Web, une révolution technique et culturelle. Banal, mais pas forcément faux. Qu’elle sera son ampleur ? Jusqu’où la dynamique enclenchée nous entraînera-t-elle ? Nul ne le sait. Serions-nous plutôt engagés dans une « révolution symbolique » aussi profonde que l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie (1) ? L’anthropologue Jack Goody a consacré plusieurs ouvrages à étudier l’impact de l’écriture comme « technologie intellectuelle ». L’écriture, nouveau tremplin pour la pensée, a démultiplié les capacités de notre mémoire, stimulé le raisonnement et la réflexivité et permis aux idées de franchir les frontières du temps et de l’espace. Sur le plan institutionnel, la civilisation de l’écrit a aussi donné naissance à de nouvelles élites intellectuelles (scribes, lettrés…) et canonisé certains savoirs (lois écrites, religions du Livre…) (2). Transformation des institutions de savoir d’une part, changement cognitif d’autre part, tels sont les grands bouleversements engendrés par l’écriture. Internet et le Web auront-ils des effets similaires sur la pensée ? Peuvent-ils eux aussi bouleverser les dispositifs de production et de diffusion du savoir, changer le travail intellectuel et transformer de fond en comble la culture ?

Un tiers état culturel

Internet, c’est d’abord l’avènement d’une « troisième culture », qui s’affirme aux côtés des autres pouvoirs culturels (la culture académique et celle des médias). Le succès du Web tient avant tout à l’essor des sites personnels et associatifs, forums, blogsu et autres wiki (voir p. 48), offrant un nouvel espace public pour l’expression des idées, opinions et créations personnelles jusque-là cantonnées à la sphère privée. Artistes en herbe, savants amateurs, pirates, diaristes et autres passionnés en tout genre forment de nouveaux bataillons d’un nouveau « tiers état culturel ». Les analyses vont bon train. Si les uns saluent l’avènement d’une nouvelle « démocratie cognitive », les autres s’alarment des dangers d’une « sous-culture Web » qui nivelle tout sur son passage. Pour Joël de Rosnay, le Web sonne la « révolte du proNetariat » : rien moins qu’une nouvelle lutte de classes centrée autour de la maîtrise du savoir (3). Andrew Keen s’inquiète de l’avènement d’un « amateurisme culturel », superficiel et médiocre, qui tue la véritable culture (4). Pour Cyril Lemieux, la « blogosphère citoyenne » traduit l’exaspération d’une nouvelle couche d’« intellectuels frustrés ».
Une analyse circonstanciée du contenu du Web inviterait à la prudence. Internet est un espace culturel très hétérogène qui ne se laisse réduire ni à une glorieuse révolution culturelle détrônant sur son passage les ordres culturels établis, ni à une « sous-culture » dégradée.

La presse et l’édition bouleversées

Une chose est sûre, la troisième culture ébranle le « second pouvoir » culturel – celui de la presse et l’édition. L’onde de choc est brutale. La baisse des ventes des libraires et journaux est un phénomène international, massif et structurel (5). Aux États-Unis, le nombre de lecteurs de journaux et magazine a baissé de 10 % entre 1994 et 2006, pendant que le nombre d’Internautes explosait. La France comptait 28 millions d’internautes en février 2007, soit plus de la moitié de la population (une augmentation de 7 % par rapport à 2006). Dans le même temps, la lecture des journaux s’érodait. Le paradoxe de la presse est qu’elle nourrit elle-même sa propre concurrence en offrant l’essentiel de ses éditions quotidiennes gratuites. De leur côté, les formules de « journalisme citoyen » (comme Agoravox) tiennent en fait une place infime dans la production d’informations sur le Web.
L’édition est également malmenée par la Toile. Nombre d’anciens lecteurs voraces sont devenus des accros du Web et passent leur soirée derrière leur écran plutôt qu’avec un livre. Parfois, les ordinateurs portables ont pris la place des livres sur les tables de chevet. Tous les secteurs du marché du livre ne sont pas affectés de la même façon. Les romans, biographies, essais BD n’ont guère à craindre de la concurrence. L’e-book lancé au début des années 2000 reste un échec retentissant. Les livres qui peuvent migrer en partie sur le Web ont des caractéristiques précises : ce sont les textes que l’on ne lit pas en continu (roman ou biographie) mais que l’on consulte (dictionnaires, encyclopédies, manuels, etc.), les ouvrages spécialisés au coût élevé, avec un faible tirage, un public dispersé et une longue durée de vie. La production numérique (avec support papier limité et large diffusion sur le Web) offre même à ces ouvrages une opportunité nouvelle : le volume de texte n’est plus un obstacle, la couleur et l’image peuvent être réintroduites, les mises à jour sont aisées. Le coût de production et de diffusion est bien inférieur à celui du support papier.

Le premier pouvoir

Comme les révolutions industrielles, cette révolution numérique entraîne donc un processus de « destruction créatrice », selon la formule de Joseph A. Schumpeter, dans le monde de l’édition. Derrière cette expression, il faut imaginer des secteurs en crise et d’autres en plein boom, avec son cortège de success stories, de drames, d’érosion des ventes et de restructuration pour la presse et l’édition. Le Web déstabilise donc le « deuxième pouvoir » culturel. Est-il à même d’ébranler le « premier pouvoir » : celui des institutions académiques ? Internet est né et s’est d’abord propagé au sein des milieux scientifiques. Mais son usage est resté limité à l’échange d’emails et à la diffusion de documents. Le mouvement récent des archives ouvertesu accélère encore la vitesse de propagation des informations au sein des communautés savantes. Mais l’activité scientifique elle-même n’a pas fondamentalement changé. Le grand réseau mondial pourrait être une plateforme idéale pour de grands projets de recherche internationaux – études comparatives, laboratoires décloisonnés, bases de données internationales, etc. En sciences humaines, on pourrait imaginer de grands programmes comparatifs en anthropologie, archéologie ou linguistique, la constitution de bases de données communes, la création de nouveaux réseaux de savoir. Mais les initiatives de ce type sont très rares. « L’usage du World Wide Web dans le domaine des sciences humaines en est encore à un stade très primitif », écrivait Gloria Origgi en 2003 (6). Les sites des institutions sont des brochures d’information et non des plates-formes de travail collectif. Les colloques en ligne, laboratoires collectifs sur Internet et projets de recherche mettant en commun les sources communes…, sont rarissimes.
Le système d’enseignement risque-t-il d’être durablement déstabilisé par l’avènement d’Internet ? Rien n’est moins sûr. Dans les années 1970, on avait déjà prophétisé le bouleversement de l’école traditionnelle par l’audiovisuel ; puis le prophétisme s’est reporté sur l’ordinateur dans les années 1980. Il y a quelques années, l’e-learning a pris le relais. Il devait révolutionner l’enseignement grâce à ses multiples avantages : atteindre un public dispersé et lointain, individualiser des parcours de formation et les rythmes de travail de chacun, utiliser de nouveaux outils de savoirs : FAQ, serious game, tutoriel, podcast et autres TICEu.

La documentation révolutionnée

Force est de constater qu’il y a loin des effets d’annonce aux réalisations concrètes. Certes, beaucoup d’universités, d’établissement de formation continue, de sociétés de soutien scolaire se sont lancées dans l’e-learning. Mais le bilan actuel est loin d’être éclatant : le nombre de formation ne décolle pas, le taux d’abandon est très élevé. Les supports d’enseignement restent très classiques (souvent des cours écrits mis en ligne). Et les nouveaux outils – podcast de cours, conférence en ligne – sont loin de tenir leurs promesses. Le modèle idéal de la classe virtuelle reste ultraminoritaire. L’immense majorité des enseignements en ligne sont adossés à des enseignements traditionnels. Quant à la création d’établissement d’enseignement virtuel ou de chaire numérique, ils sont inexistants. Le « cyberprof » ne semble pas près de remplacer le cours traditionnel.
C’est dans le domaine de la documentation que les effets du Web sont les plus révolutionnaires. On sait combien le travail des étudiants, journalistes, documentalistes et autres travailleurs du savoir a été révolutionné. Un chercheur peut mobiliser, consulter, explorer en quelques minutes des ressources documentaires qui supposaient naguère des heures d’attente et de déplacement. Des milliers de bibliothèques d’Alexandrie se trouvent désormais à portée de clic. Le rêve de Paul Otlet, père de la documentation moderne, qui avait imaginé Internet il y a un siècle déjà – tous les savoirs du monde à portée d’un écran personnel –, est devenu réalité (voir p. 46).
Le développement des agents intelligents (des logiciels conçus pour remplir une mission de façon autonome) sur un même réseau ne permet-il pas d’envisager la formation d’une intelligence collective, qui rassemble en un cerveau global des millions de programmes intelligents et individuels (7) ? Même si il associe des milliers de contributeurs et cumule des millions d’entrées, le Web ne forme pas à proprement parler une communauté intelligente organisée. Les contributeurs de Wikipedia écrivent une encyclopédie, ils ne résolvent pas ensemble des problèmes scientifiques, théoriques ou philosophiques, sur le mode imaginé par Francis Bacon (8). En 1627, le philosophe promoteur de la méthode expérimentale avait rédigé un projet utopique de communauté savante. Dans son petit opuscule, il décrivait un voyage imaginaire dans une île des mers du Sud, Nova Atlantis. Là était établie une institution scientifique d’un nouveau genre : la Maison de Salomon. Les savants y travaillaient au progrès des sciences : on les voyait rédiger des comptes-rendus bibliographiques, organiser des colloques et voyages d’études, planifier des expériences, vérifier ensemble leurs hypothèses ; ils se préoccupaient aussi des applications pratiques de leur science et de la diffusion de leurs connaissances.
Internet sera-t-il demain le support de communauté de savoir de ce type ? Nous en sommes loin. La constitution de communautés intelligentes suppose l’émergence de projets d’études collectifs. Le continent numérique va-t-il voir surgir de telles formes d’organisation ? C’est un projet que Pierre Lévy, le prophète de l’intelligence collective, appelle de ses vœux – tout en reconnaissant qu’il s’agit encore d’une utopie (9). Il n’est pas interdit de rêver.


NOTES

(1) Clarisse Herrenschmidt, Les Trois Écritures. Langue, nombre, code, Gallimard, 2007.
(2) Jack Goody, Pouvoir et savoirs de l’écrit, La Dispute, 2007.
(3) Joël de Rosnay et Carlo Revelli, La Révolte du pronétariat. Des mass médias aux médias des masses, Fayard, 2006.
(4) Andrew Keen, The Cult of the Amateur: How today’s Internet is killing our culture, Doubleday, 2007.
(5) Marc Tessier, La Presse au défi du numérique, ministère français de la Culture et de la Communication, février 2007.
(6) Gloria Origgi, « Pour une science humaine de l’Internet », 2003, www.interdisciplines.org/defispublicationweb/papers/1/version/fr
(7) Dossier « Des fourmis à Internet, l’intelligence collective, mythe et réalité », Sciences Humaines, n° 169, 2006 ; J.-F. Dortier, « Vers une intelligence collective ? », Sciences Humaines, hors-série n° 32, mars-avril-mai 2001.
(8) Sylvain Firer-Blaess, « Wikipedia : entre communauté et réseau », 2007, www.homo-numericus.net/spip.php?article274
(9) Pierre Lévy, « Nouvelle responsabilité des intellectuels », Le Monde diplomatique, août 2007.

15 mars 2009

Bravo, les psys ! (Canard Enchaîné - 11/03/09)

Psychiatres et psychologues se sont déchaînés dès l'annonce du "drame d'Uckange", où un bambin de 5 ans était censé avoir poignardé sa soeur de 10 ans, après une dispute au sujet d'un jeu vidéo.
Dans "le Parisien" du 2 mars, sous le titre "Un passage à l'acte extrêmement violent", Michael Stora, psychologue et "spécialiste de l'impact de l'image et des jeux vidéo", disserte doctement : "La rivalité entre frère et soeur est courante. La jalousie permet à l'enfant de s'autonomiser." Bien évidemment ! Et, "dans cette histoire, l'enfant s'est retrouvé en position d'envie, sa soeur est devenue un obstacle et les coups qu'il lui inflige visent à combler son désir...".
Les jeux vidéos là-dedans ? "Le même drame aurait pu se produire, il y a quinze ans, autour d'une bande dessinée..." Ouf ! Mais assure le psy, "il y aura un gros travail à faire, notamment sur le sentiment de culpabilité du petit garçon". Ca se discute, hein docteur !
Parce que, trois jours plus tard, la mère avouait avoir poignardé elle-même sa fille et demandé à son fils de s'accuser...Mais enfin, toujours selon Michael Stora, "avec le temps, cette famille peut se reconstruire". Ca, au moins, c'est sur !
Merci, monsieur, pour ce lumineux éclairage, et passons au site de "L'Express", où le psychiatre Serge Tisseron "analyse ce drame", le 3 mars :"Je n'ai pas tous les éléments pour comprendre cet acte...", commence-t-il, prudent. Question de déontologie, certainement.
Alors autant se taire ? Pas question ! Le médecin se doit de dénoncer un problème très inquiétant. "Des enfants de plus en plus jeunes commettent des agressions de plus en plus violentes." Le docteur Tisseron le répète : il n'a "pas d'informations sur cet enfant", mais pose, fort à propos, ces lancinantes questions : "Souffre-t-il de troubles mentaux ? est-il bien scolarisé ? Est-il en repli sur lui-même ? Je ne sais pas." Il ne sait pas, mais il sait quand même : "Toujours est-il que le paysage de la petite enfance change, et c'est préoccupant!" Et le "paysage" des psys, il ne serait pas un peu "préoccupant", lui aussi ?

07 mars 2009

Humanisme du petit vendredi

Fin de semaine, jour de repos, le temps pour l'agglomérat de molécules que je suis de lever un tantinet la tête du guidon d'un vélo avec lequel plus on pédale moins vite, moins on avance plus vite !

Quelle drôle d'époque vivons-nous...

La crise est là, mais elle ne fait que débuter, et le pire est devant nous assurément, et pour plusieurs longs mois, voire années. Un système économique se casse la figure, montre en direct toute l'étendue de ses limites et de ses dégâts collatéraux et aucune alternative sérieuse et réaliste ne se construit en face, tous les partis politiques étant bien trop préoccupés par les prochaines échéances électorales (il n'y a qu'à observer la réaction des cumulards de mandats sur la mission Balladur...ou quand l'intérêt individuel reprend le pas sur l'intérêt général).

La France, les Français, ou pour être précis la très grande majorité (car il reste et se développe encore une part de niches de riches, de plus en plus riches), sont désabusés, désorientés, au bord de l'asphyxie, en train de crever la bouche ouverte.

On sait à quoi le désarroi peut conduire, notamment en l'absence d'alternative crédible à la politique menée aujourd'hui et face à l'absolutisme d'un président de la république devenu monarque autocratique.

Envoyer des balles et des lettres de menace de mort à des ministres n'est pas ce qu'il y a de plus intelligent à faire, il faut en convenir, mais cela manifeste aussi, d'une manière peu habile certes, une exaspération que ressentent beaucoup de nos concitoyens, exaspération qu'ils gardent en eux...au moins pour le moment.

Plus que jamais il faut associer l'ensemble des citoyens de notre pays à la réflexion sur les "remèdes" pour tirer notre civilisation de ces sables mouvants dans lesquels elle s'enlise, au risque de disparaître définitivement; car il ne s'agit pas seulement de la société française mais bien d'un problème majeur de civilisation bâtie sur une idéologie destructrice, dont on voit les effets aujourd'hui.

Aussi, la prise de conscience doit être humaniste avant d'être politisée, les clivages entre les partis politiques et les querelles doivent un temps cesser (nous savons si bien donner des leçons aux autres pays lorsqu'ils sont confrontés à une guerre civile...appliquons-nous les!) et laisser place à un grand débat national associant la société civile avec comme enjeu de repenser les fondements de notre civilisation.

Le temps presse, soyons enfin dignes de notre statut d'homo sapiens sapiens, montrons à nos enfants qu'ensemble il est encore possible de faire changer l'ordre des choses.

André Malraux disait ceci : L'humanisme, ce n'est pas dire : "Ce que j'ai fait, aucun animal ne l'aurait fait", c'est dire : "Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête."

05 mars 2009

Etre ensemble sans se confondre

Dans le couple, chacun subit la tension entre rester soi-même et vivre ensemble, comme le montre François de Singly par une sociologie de la vie quotidienne, et Serge Chaumier à travers une analyse historique.

             

« Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porcs-épics s'était engagé serré pour se protéger mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt, ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eût rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils étaient ballottés de ça et de là entre les deux souffrances. » Cette citation d'Arthur Schopenhauer illustre joliment le propos de François de Singly, dans son dernier ouvrage, Libres ensemble.

Notre société contemporaine est tiraillée entre deux pôles : individualisme et vie commune. Chacun se trouve dans la situation paradoxale de rêver à la fois de solitude, garante de liberté, et de rechercher la compagnie des autres. Ces conflits entre individualisme et vie commune se retrouvent dans de nombreuses sphères de la vie sociale, et à différents âges : F. de Singly analyse ainsi les relations entre frères et soeurs qui partagent la même chambre, entre les résidents de maisons de retraite, entre le jeune adulte et ses parents lorsqu'il vit chez eux, etc. Mais c'est sans doute dans la vie de couple que les tiraillements sont les plus forts. L'augmentation des divorces et des séparations serait un symptôme, selon F. de Singly, de cette volonté des gens de « relancer le balancier dans l'autre sens, pour croire que l'on est capable de se passer d'autrui, que le soi n'appartient qu'à soi ». Même si certains ont tenté de résoudre le problème en vivant dans deux résidences différentes, la majorité des gens placent le fait d'habiter sous le même toit en tête des conditions de la vie conjugale. Mais alors, comment gèrent-ils cette vie commune, ce besoin de chacun d'avoir sa vie à soi, tout en construisant un projet commun ? Comment font-ils, dans les petits gestes de la vie quotidienne, pour délimiter l'espace, physique ou subjectif, de l'un et de l'autre ?

L'ouvrage de F. de Singly a le mérite de s'intéresser à un problème social, au travers des petites choses de la vie quotidienne. Ce qui pourrait paraître insignifiant, comme le choix de la musique ou du programme télé, l'utilisation du téléphone, le partage de l'espace commun, prend toute son importance dans ce que l'auteur nomme la « socialisation par frottement ». Pour vivre ensemble, chacun doit accepter de ne plus décider seul les règles de vie. Il a obligation de tenir compte de l'autre. Tout en continuant à tenir compte de lui-même. Cette régulation de la vie commune n'est pas stable et définitive. Comme le souligne l'auteur, « le déroulement de la vie quotidienne n'est ni improvisation, ni routine. Les deux mouvements, surprise et habitude, coexistent. »

Curieusement, les jeunes couples qui cohabitent découvrent qu'ils font moins de choses ensemble qu'avant. L'équilibre est alors délicat à maintenir entre l'attention à l'autre et au couple, et l'épanouissement individuel. Un simple détail, comme venir regarder avec l'autre un programme télé perçu sans intérêt, comme ça, juste pour « être avec », revêt une signification importante. Mais encore faut-il que la conception de l'un et l'autre de la vie commune soit la même. Ainsi cet exemple d'un jeune couple dont l'homme passe le dimanche après-midi à bricoler sa moto dans le garage. Alors qu'elle le ressent comme un isolement, lui a l'impression de rester dans l'espace commun.

Autre situation symptomatique de la gestion des frontières entre espace commun et individuel : l'écoute de la musique. Le choix musical peut se faire de façon alternée, une fois au goût de l'un, une fois au goût de l'autre. Avec le risque que jamais les deux ne soient satisfaits totalement. Le couple peut aussi définir un répertoire commun, et réserver les goûts individuels aux instants de solitude. Autre possibilité, enfin, l'usage du casque, mais qui peut être vu soit comme un respect de l'autre soit comme une barrière à la vie partagée. Les témoignages des couples montrent d'ailleurs qu'un usage n'est pas nécessairement immuable. Ainsi ce couple dont le garçon supportait mal que son amie mette un casque pour regarder la télévision, y voyant une coupure entre eux. Après une séparation conjugale momentanée, ils semblent être arrivés à un compromis. La jeune femme regarde moins souvent la télé et développe d'autres activités, comme lire ou écouter de la musique, qui sans être partagées avec son conjoint, ne l'agressent plus.

Le téléphone est un autre équipement révélateur de l'équilibre à trouver entre le temps à soi et le temps commun. Comme la télévision ou la musique, il empêche de passer certains moments ensemble. Mais en plus, il introduit dans la relation conjugale une relation avec un(e) autre. La conversation téléphonique fait en quelque sorte entrer un tiers dans le salon. A l'opposé, ces possibilités d'évasion permettent à chacun de développer un monde à lui, d'avoir plusieurs identités, celle de conjoint, de copain, etc. L'enquête de F. de Singly et Claire-Anne Boukaïa montre que les jeunes couples trouvent des manières flexibles d'user du téléphone. La conversation téléphonique de l'un est par exemple tolérée si l'autre est occupé à autre chose ; elle est par contre moins bien vécue si elle survient dans une soirée passée à deux. L'intrus n'est en fait pas considéré de la même manière selon que les personnes avaient choisi de « vivre seul, avec l'autre » ou « d'être ensemble ».

Toutes ces analyses sont issues des enquêtes que F. de Singly et ses étudiantes ont menées auprès de jeunes couples, de classe moyenne ou supérieure, la plupart âgés de moins de 30 ans, et en couple depuis seulement quelques années ou quelques mois. L'auteur explicite ce choix d'un milieu moyen ou supérieur, de ce que Henri Mendras appelle la « constellation centrale » : « A défaut d'observer la totalité du ciel social, l'intérêt de décrire la constellation centrale est d'apercevoir les normes du système avec une visibilité plus grande. »

On peut néanmoins regretter la quasi absence des personnes de plus de 30 ans dans ces enquêtes sur la vie en couple. S'il est évident que c'est au sein de ces jeunes couples que les tiraillements sont les plus apparents, en raison de l'ajustement qu'ils sont en train d'opérer, on reste un peu frustré de ne rien savoir de la façon de gérer la vie à deux de la génération de 1968, c'est-à-dire les 50-60 ans actuels. Autre frustration du lecteur : ne pas connaître plus précisément la méthodologie utilisée dans les enquêtes, ne pas disposer d'extraits suffisamment longs des entretiens. On se demande par exemple à quelles questions les gens répondent, quelle est leur cohérence, ou l'écart entre leur discours et leur vie réelle.

La recherche constante d'un compromis à trouver entre épanouissement personnel et construction d'un projet de couple satisfaisant semble être une caractéristique fondamentale des couples contemporains. Dans La Déliaison amoureuse, le sociologue Serge Chaumier propose d'étudier l'évolution du couple à travers l'histoire. Selon les formules mathématiques simples qu'il emploie, le couple a pu ressembler selon les périodes de l'histoire et les idéologies ambiantes à 1 + 1 = 1, 1 + 1 = 2 ou 1 + 1 = 3 (sans que ce soit nécessairement dans cet ordre chronologique). Dans l'Antiquité grecque, amour, mariage et sexualité étaient loin d'être réservés à une seule dyade. Comme l'énonce Démosthène, « nous avons des épouses pour faire des enfants, des hétaïres pour nous distraire, des esclaves pour en jouir. » Le projet conjugal n'est en effet pas constitué de sentiments, mais de droits et de devoirs. Pen- dant longtemps, amour et mariage ont été incompatibles et ont fonctionné en parallèle. C'est ce que S. Chaumier appelle le couple 1 + 1 = 2. Mais avec l'apparition de l'amour courtois au Moyen Age, sous l'influence de l'Eglise et de la bourgeoisie, un autre modèle du couple est apparu. La monogamie et la fidélité ont été associées au mariage, du moins dans les discours officiels.

Si l'amour n'était pas nécessairement indispensable, chacun devait faire « comme si ». Peu à peu, « le sentiment amoureux ne trouve sa justification que dans la mesure où il donne naissance à un couple et à une famille (...). La sexualité y est minimisée, si ce n'est absente. Elle apparaît comme un passage obligé vers la famille. Au xviiie siècle, se met en place un double discours : d'une part, il faut aimer pour se marier ; d'autre part, il ne faut pas de sexualité avant le mariage. Ce paradigme a pour effet de dissocier, si ce n'est d'opposer amour et sexe. » Selon S. Chaumier, cette séparation entre amour et sexe aura pour effet de créer le mythe de l'amour romantique : celui de la fusion entre deux êtres, que rien ne peut séparer et qui sont unis face au monde, ce 1 + 1 = 1.

Mais les choses changent dans les couples contemporains. Sans que le couple soit remis en cause, car l'idéal romantique reste prégnant, il est maintenant admis que chacun de ses membres doit voir son individualité protégée. Un nouveau modèle, que l'auteur appelle mariage ouvert ou open mariage, dont on trouve l'origine dans la mouvance soixante-huitarde, est revendiqué par de plus en plus de personnes. Chacun entend conserver son droit à une existence autonome. Avec l'affirmation du droit à l'indépendance des femmes, au niveau professionnel entre autre, le refus du couple fusionnel prend encore de l'ampleur. « En effet, le mariage fusionnel n'était pas trop pesant pour l'homme qui parvenait toujours à préserver son indépendance et à ne pas fusionner tout à fait ! »

On assiste ainsi à l'émergence de ce que S. Chaumier appelle le couple fissionnel. La fidélité est ainsi perçue autrement. Ce ne sont plus nécessairement les relations extra-conjugales qui sont dénoncées mais la tromperie qui les accompagne. Même si la fidélité reste pour beaucoup un ingrédient important du bonheur conjugal, elle ne doit plus s'exercer à tous les niveaux. Il est ainsi admis de vivre des amitiés privilégiées avec l'autre sexe, parfois jusqu'à l'entente complice et ambiguë, du moment qu'elle est posée clairement comme telle. Le modèle fissionnel consiste à séparer ce qui était hier uni, à savoir les deux identités des deux partenaires. En plus des identités de chacun, apparaît une troisième : celle du couple. 1 + 1 = 3, C.Q.F.D.




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